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Baie bleue ou baie rouge.

Dans la Baie des Anges, chaque caillou est une illusion, parfois une opportunité, à qui sait se jeter à l'eau.
Baie bleue ou baie rouge.
Photo by ANIRUDH / Unsplash

Dans la Baie des Anges, chaque caillou est une illusion, parfois une opportunité, à qui sait se jeter à l'eau. La vague fait glisser des milliers de gravillons sur le rivage, semble vouloir nous les donner l'espace d'une seconde, avant de se retirer à nouveau avec ses petits. On prend tout de même plaisir à regarder la danse, à écouter la musique, à tenter parfois de saisir quelque chose, à observer d'autres innocents essayer de le faire. Dans la Baie des Milliardaires, les cailloux sont déjà pierres, immobiles sur le rivage, camouflés sous un drap vert et glissant. On marche en crabe, ou sur les fesses, ou dans un Twister improvisé, jusqu'à espérer atteindre les eaux turquoises. Le spectacle ici : les corps qui peinent à se mettre à l'eau, ou à en sortir, sans chute ni blessure. Les merveilles de la mer sont visibles plus loin, depuis les yachts, d'où ils plongent sans difficulté pour admirer les profondeurs de lieux qui leur semblent réservés. Après avoir fait le crabe puis le roulé-boulé sur les premiers mètres, nous avons nagé vers un petit espace rien qu'à nous, sans personne, sans opportunité, sans tracas, sans rien à saisir, presqu'en apesanteur. Un bonheur.

Il restait quelques heures. Un tour de vélo sur le Boulevard de Bacon, un pichet de blanc au Bistrot Margaux, du bleu dans les yeux jusqu'aux derniers instants. Des vacances jusqu'au bout du dimanche. Je crois que c'était la première fois. Un feu d'artifice n'aurait pas été de trop, éclatant quand les compteurs se sont mis à 00:00 dans la nuit. Il a fallu se remettre au clavier, avec boutons de moustiques et boutons de soleil pour nous rappeler qu'il existe un monde au delà de ce bureau de 120 par 90. Qu'il est pas mal malgré ces séquelles. Qu'on y retournerait volontiers, au bistrot en bas ou au resto à Monte Isola. Mais on sait que le seul moyen d'y retourner, c'est pour l'instant de les oublier. De remettre aussi le cerveau à 00:00, idéalement de le bloquer là.

J'ai remis une pièce, plusieurs j'espère. Je suis comme une fontaine qui accepte qu'on l'emmerde incessamment tant qu'on lui balance régulièrement de quoi briller dans le fond. Pas des pièces qui me donne envie de continuer, mais des pièces qui me permettent de ne pas trop penser, qui mélangent des eaux turquoises et des vins blancs, rouges et rosés dans mon liquide céphalo-rachidien. Tant pis, pour l'instant, si à force les effets s'estompent, la gueule de bois s'invite, le manque s'installe. Reste à savoir quand le gachapon va se gripper, quand je vais m'enrhumer, quand je vais devoir changer de pilule, passer de celle des vacances à venir à celle du rêve à réaliser, quand je vais plonger sur le rivage de la Baie des Anges pour saisir une poignée de cailloux fraîchement déposés, sans savoir encore quoi en faire, sans même être encore dans l'eau, à plat ventre entre deux matrices.