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Faiseuses de pluie.

Elles s'appellent Bernadette et Georgeline. Elles sont en apparence discrètes malgré des prénoms et des voix qui ne laissent pas les oreilles insensibles.
Faiseuses de pluie.
Photo by michael podger / Unsplash

Elles s'appellent Bernadette et Georgeline.

Elles sont en apparence discrètes malgré des prénoms et des voix qui ne laissent pas les oreilles insensibles. Peut-être que ces particularités expliquent d'ailleurs en partie leur pouvoir : faire tomber la pluie là où on ne l'attend pas. Après deux mois de sécheresse au Sud, les voici traversant la France sur sa diagonale la plus longue, de Brest à Nice, les valises cabine secrètement chargées de cumulonimbus. Il y a ceux qui vont chercher l'eau bénite à Lourdes, elles sont celles qui collectent les eaux de pluie sur le pignon de leur maison bretonne, à se demander qu'en faire tant le jardin est déjà arrosé. Le coeur sur la main, elles ont choisi une vie de missionnaire, dédiée à rendre l'herbe plus verte ailleurs. Elles sont désormais les légendaires Faiseuses de pluie d'Armorique, qui par exemple nettoient depuis le ciel le pare-brise de ma voiture poussiéreuse à la sortie du parking de l'aéroport quelques minutes après leur arrivée, ou qui inondent les terrasses des restaurants quand le service me déçoit, quelques bourrasques bretonnes en cadeau pour tout faire valser sous leur regard amusé.

Il s'appelle François Bayrou.

Un type du Béarn qui n'était pas pressé de faire sa rentrée et qui a trouvé la parade pour reprendre la route en vacances. L'égo remonté par le lancement de sa chaîne YouTube, François InShape il me semble, il a gagné une telle confiance qu'il a voulu partager cette dernière avec ses confrères. On lui a pourtant dit que ses vidéos avait suscité peu d'intérêt, que la tempête qu'il annonce est inventée par de légendaires faiseurs de pluie, qu'il se laisse guider par les mauvais vents. Il espère passer à travers les gouttes mais c'est mal connaître face à lui le français tempétueux. Bernadette et Georgeline profitent pour l'instant du bleu azur et ne se sont pas encore penchées sur son sort, mais la boussole des contributions semble s'orienter vers la mauvaise direction. Le pauvre capitaine n'a pas encore affronté les huées, la houle et la foule. Qu'il oublie l'été indien, de retour dans leur maison bretonne, les Faiseuses de pluie d'Armorique vont annoncer un avis de gros temps.

Le ciel est donc chargé pour cette rentrée.

Il est loin le temps des quatre saisons, des doux soleils, des douces pluies, des vents légers. Les cieux sont fatigués, énervés, se déchaînent désormais à chaque décision. Les Faiseuses de pluie sont retraitées mais ne chôment pas. Il est loin le temps où elles ne s'occupaient que de nourrir les terres. Elles doivent désormais intervenir en politique, dans l'économie, dans la guerre même. Celles d'Amérique avaient lâcher de l'iodure d'argent dans l'air pour ensemencer les nuages et augmenter les précipitations pour empêcher les ravitaillements "ennemis" lors de la Guerre du Vietnam. C'est toujours la même histoire avec le pouvoir, on prend confiance, on abuse, on perd la tête. Elle finit pourtant sous l'eau, ou trouée par des rafales, ou perdue lors du Conseil Municipal de Pau, car Bernadette et Georgeline gardent la leur froide, toujours orientée vers un horizon dégagé, choses plus faciles à la pointe du Finistère, et frappent ainsi seulement là où ça fait mal.