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Journal de prisonniers.

Le récit d'un calvaire d'une durée de vacances scolaires. Journal d'un prisonnier c'est deux cent pages à vingt euros que l'on retrouvera par milliers sous les sapins qui penchent à droite, voire très à droite.
Journal de prisonniers.
Photo by Emiliano Bar / Unsplash

Le récit d'un calvaire d'une durée de vacances scolaires.

Journal d'un prisonnier c'est deux cent pages à vingt euros que l'on retrouvera par milliers sous les sapins qui penchent à droite, voire très à droite. Une prouesse, qu'il s'agisse du temps de réflexion, du temps d'écriture, du temps d'édition et de communication. Ceux qui rêvent toujours d'un premier roman n'ont qu'à pisser sur un commissariat et passer une nuit en garde-à-vue. Et Boualem Sansal ne peut qu'en prendre de la graine, lui qui est resté un an en prison à ne rien faire, qui n'a même pas écrit une ligne (bouh), il n'est pas digne de la profession. D'autant plus que, pour Nicolas Sarkozy, il s'agit seulement d'un hobby à côté de sa profession principale : victime (accusé dans le jargon judiciaire). Un passe-temps surtout, d'après les quelques lignes que l'on touche en avant-première, en spoiler (watch out, Stranger Things), et qui sont venues pourrir les cookies de mon navigateur (j'attends prochainement des recommandations pour les livres de de Villiers si je ne nettoie pas mon historique) : "En prison, il n'y a rien à voir, rien à faire, j'oublie le silence qui n'existe pas à la Santé où il y a beaucoup à entendre. Le bruit y est hélas constant. À l'image du désert, la vie intérieure se fortifie en prison." C'est si puissant, vivement Noël.

N'a-t-il pas encore été condamné cette semaine ?

Sarkozy est plus difficile à suivre que Trump ces jours-ci. Si le but des condamnations était de ne pas être oublié, c'est gagné, Carla n'a pas besoin d'arracher les bonnettes pour que son mari ne défrait la chronique en multipliant les abonnements sur son bracelet électronique. On n'en parle bien moins, mais un autre livre pourrait tout de même inspiré un prochain séjour en prison, puisse-t-il être à la hauteur des faits : Mange ta peine, de Moben (pseudonyme). C'est un autre niveau, d'un point de vue condamnation du moins : un premier court séjour carcéral quand il était mineur, puis quinze ans pour meurtre en 1997. À sa sortie en 2012, il passe trois ans en conditionnelle avec bracelet électronique, puis est à nouveau incarcéré en 2017. Avec deux tentatives d'évasion, il passera au total onze ans à l'isolement. Pas tout rose donc, mais voilà qu'il sort en cette fin d'année, lui aussi, un livre, son journal d'un prisonnier à lui, franchement plus alléchant : un recueil de recettes. "Au mitard", c'est grâce à la cuisine qu'il a survécu, car "la gamelle", le repas distribué deux fois par jour en cellule est "souvent immangeable". Un livre bourré d'astuces qui parleront très certainement à notre ancien Président, puisse-t-il avoir l'opportunité d'un nouveau stage de découverte dans le service public :

  • Si le budget "cantine" est limité, on peut demander à sa famille à Noël (qui a le droit d'apporter 5 kilos de denrées alimentaires) des amandes, des noix de cajou, de la muscade et d'autres produits qui coûtent cher et qui sont introuvables en prison.
  • On peut fabriquer un fouet en tenant deux fourchettes dos à dos.
  • On peut faire une pâte à crêpes sans grumeaux en introduisant tous les ingrédients dans une bouteille et en la secouant énergiquement.
  • On peut cuire à froid un aliment en le recouvrant de sel et en le réservant deux heures.
  • On peut utiliser le papier contenu dans les paquets de feuilles de brick comme papier de cuisson.
  • On peut se servir de sacs poubelle pour filmer les aliments et aussi pour les faire cuire ou précuire dans une casserole d’eau chaude.

Sarkozy pourra(ait) ainsi la prochaine fois manger autre chose que des yaourts. C'est ça la solidarité entre détenus, le même combat, la magie de Noël, à moins que celle-ci n'apporte un jour une grâce présidentielle.