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L'île Montagne.

Le Voyage en Italie de Chateaubriand ressemble plutôt à une marche funèbre parmi les ruines de l'Italie antique qu'à un Erasmus, le pessimisme doit être d'époque.
L'île Montagne.
L'oeuvre des Floating Piers de Christo qui connecte Monte Isola à l'îlot San Paolo.

Le Voyage en Italie de Chateaubriand ressemble plutôt à une marche funèbre parmi les ruines de l'Italie antique qu'à un Erasmus, le pessimisme doit être d'époque. Mais il a quelques questions qu'il se posait, comme moi, depuis l'Italie : "Le lieu est propre à la réflexion et à la rêverie : je remonte dans ma vie passée ; je sens le poids du présent, et je cherche à pénétrer mon avenir. Où serai-je, que ferai-je, et que serai-je dans vingt ans d'ici ?" Jusque là, on se comprend. Ensuite, ça se gâte, quand il parle de la mort certaine comme obstacle à chaque projet. Certes, un accident de Lamborghini ou une chute de balcon est vite arrivé, mais j'y vois justement une volonté supplémentaire, un piment qui pousse à réaliser ces "vagues projets que l'on forme". La contemplation m'aurait-elle rendu optimiste ?

Descendu de la montagne les fesses serrées (un jour de rallye sur ces mêmes routes, la mort n'effraie pas tout le monde !), on s'est mis au vert dans les rues de Gênes, pesto oblige. Une ville italienne comme on les aime, avec ses contrastes toujours aussi surprenants, comme par exemple quand les palais Rolli au patrimoine de l'Unesco cachent les rues du quartier Maddalena, où les prostituées font des clins d'oeil à Marie Madeleine en plein jour et devant chaque entrée. Mais on a fait que passer, on a quitté Gênes sous l'orage, traversé ses ponts inondés, une nouvelle fois les fesses serrées : ils ont beau être plats, le souvenir des images de l'effondrement du pont Morandi est certainement l'une des raisons pour lesquelles Chateaubriand était si effrayé par la mort. Nous reviendrons malgré les risques, parce qu'on aime les villes qui, comme Gênes, ont une âme.

Plus au nord, dans le Piémont, des collines et des vignes insoupçonnées. Je découvre les Langhe dont je n'ai jamais entendu parler et ses vins parmi les meilleurs au monde, comme un trésor bien gardé. Arneis, Barbaresco, Barolo, nous voici dans un décor grandiose malheureusement gâché par une forte densité de riches cons sur une petite superficie. Bizarrement, personne ne s'étonne de nous voir là. Ce n'est pourtant pas faute de se pavaner dans la Seat sur les parkings remplis de Mercedes et de déguster sans recracher, car les vins sont jeunes mais les bouteilles sont chères. Pas de quoi nous convertir néanmoins, on quitte la région sans gueule de bois et avec toujours l'amour des choses simples, mon meilleur souvenir restera d'ailleurs les oeufs brouillés de l'auberge, du cinq étoiles !

Le meilleur pour la fin, c'est le moins qu'on puisse dire. On s'éloigne suffisamment des connards pour entendre les canards, également en nombre, au bord de l'eau. Nous sommes arrivés sur le Lago d'Iseo, sur une île qui ne connait pas la mercatique : Monte Isola ; traduction : l'Île Montagne. Un nom transparent pour un véritable paradis sur mer. Plus qu'optimiste, sur l'île je suis presque poétique. Je me nourris par les yeux. Je ne cherche plus le silence pour m'apaiser, je cherche les bruits du clapotis de l'eau douce au contact du mur de pierres, et des cigales cachés dans les ombres. J’écris dans un écrin de beauté, de nature, de clichés ; d'une table en pierre, sous l’olivier. Je m'allonge, sans fermer les yeux, les reflets du lac dansent sur les feuilles transformées en boule à facettes. Je me relève, toujours dans un rêve, face à l'Îlot San Paolo que Christo avait connecté par ses Floating Piers dans une oeuvre d'art monumentale. Me voilà moi aussi reconnecté à la vie dans ce qu'elle a de plus charmant. "Se vider de tout ce dont on est plein, se remplir de tout ce dont est vide", l'adage de saint Augustin était l'objectif de ces quelques jours de vacances, désormais atteint.