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Nous, escargots.

Mon blog est fait de je. Un journal intime public plutôt que des publications d'un journaliste
Nous, escargots.
Photo by amirali mirhashemian / Unsplash

Mon blog est fait de je.

Un journal intime public plutôt que des publications d'un journaliste. Quand j'ose le crop-top, mon nombril est myope et n'arrive à voir qu'à proximité, c'est alors que je parle de on. Un singulier toujours, pour parler d'un quotidien à deux, à trois, rarement plus. Jamais de nous, jamais de pluriel, tant le quotidien est fait de moments singuliers, de chocs, de surprises, d'envies toujours plus fortes de se recroqueviller sur soi-même. Nous sommes des escargots égarés sur une autoroute.

Je repense à cette blague.

C'est l'histoire de deux escargots qui traversent une route (tiens, tiens). Pour les besoins du récit, on va dire que l'un s'appelle Michel et l'autre s'appelle Claude. Attention, elle est courte.
Michel : "Claude, attention !"
Squraash ! (onomatopée d'un escargot écrasé)
Claude : "Quoi ?!"
Squraash !

Sourd, quasi aveugle.

Mais excellent odorat. L'escargot n'est plus une métaphore, c'est un jumeau de l'espèce humaine. Il a beau sentir la merde à des kilomètres, il est incapable de s'échapper avant qu'elle ne lui tombe dessus. Pour en baver au quotidien, il en bave, mais c'est ainsi qu'il trouve la force d'avancer. Il ne sait pas vraiment où il va, mais il aime se mettre au vert. Lui non plus ne pense pas à cultiver son jardin, il préfère le bouffer. Mais c'est bien le seul endroit où il mange avec appétit, puis, repu, où il reproduit son espèce sans but particulier et sans penser à l'impact de sa progéniture sur son éco-système. Et puis il y a sa fameuse coquille, pleine de surprises, qui s'adapte à l'environnement, se solidifie quand ce dernier devient plus agressif, mais qui elle non plus ne peut rien face à une Tesla à pleine vitesse.

Au départ, je pensais aux attentats du 13 novembre.

C'est la raison pour laquelle que je réfléchissais à Nous, pour une fois. À ces instants indélibiles où le singulier devient pluriel, où d'une minute à nos vies nous avons immédiatement tous pensé aux leurs, comme si nous découvrions qu'ensemble, nous pouvons ne faire qu'un, invincible. Et puis l'image de cet escargot, victime ciblée dans son beurre persillé ou collatérale dans les rainures d'un pneu fou, qui, malgré sa gentillesse, son innocence, son système de défense pourtant idéal pour son milieu, ne peut rien face à la folie de certains, l'appétit d'autres. Et qui finit toujours par retourner dans sa coquille, en espérant un futur plus clément.