Ô Cheminée.
J’ai préféré fermer les yeux et me rappeler la cheminée.
Plutôt que de les garder grands ouverts sur la page blanche, à activer et désactiver frénétiquement le mode sombre jusqu’à ce que des flashs me viennent. Voilà plusieurs mois que je pense à faire l’éloge de ce foyer au milieu de la vie, dont les braises se ravivent souvent dans un coin de ma tête, parmi les souvenirs que j'aimerais futurs. Les nuits désormais s'allongent, le soleil dort encore quand je me balade sur le port, il se repose après des mois à balloter les milliardaires. L'aube est fraîche mais enfin douce, même lorsqu'elle laisse place à un ciel gris, comme ce matin. Les touristes ont mis les voiles (les gros gros moteurs surtout) pour faire briller leurs coques sous un soleil plus méridional (bon vent !). J'ai enfin le loisir de réfléchir à ce que je vais écrire, plutôt que de slalomer entre les déchets et les vomis de ces jeunes sans préoccupation de l'avenir. Enfin, c'est calme.
Comme quand on écoutait les bûches crépiter.
Quand il n'y avait rien d'autre à faire que de s'hypnotiser dans les contorsions des flammes. Nuit ou pluie à l'extérieur, lumière et chaleur à l'intérieur. Frères et soeur autour de ce rocher de granit parfaitement taillé et creusé sur lequel nous nous battions pour poser les pieds, au plus près du feu. Un spectacle visuel, sonore, olfactif, la solution à tous les maux. Une musique et une danse qui apaise le corps, le coeur et l'esprit. Et papa qui relançait le programme, en boucle : il soulevait le crochet en fonte, ouvrait doucement la vitre, déposait délicatement la bûche, la remuait pour la mélanger aux braises jusqu'à ce que le feu l'embrasse, refermait doucement la vitre puis contemplait le travail accompli. C'est d'une simplicité, et d'une beauté.
C'est peut-être juste ça qu'il me faut.
Une cheminée. Un âtre dans lequel jeter du bois, des mauvaises idées, des mauvaises humeurs, et d'en faire jaillir une lumière réconfortante. Avant, c'est tout l'hiver qu'on attendait l'été. Bientôt, c'est tout l'été qu'on attendra l'hiver. Tout est déréglé et il faudra trouver quelque chose à quoi se rattacher, un bord de cheminée sur lequel poser les pieds, un foyer pour réunir sa famille. Un souvenir qui renaitra de ses cendres pour rendre hommage en reproduisant les mêmes gestes, pour retrouver ces sensations et sentiments égarés, pour raviver la flamme, et avancer.