On a fait le plein.
Le plein d'énergie d'abord.
Il y a eu les road trips de la Bulgarie au Monténégro en passant par la Bosnie et le Kosovo. Il y a désormais les road trips de la Tourraine aux Alpes-Maritimes en passant par le Puy-de-Dôme et le Vaucluse. Moins éxotique, mais tout aussi libérateur. Partir. S'arrêter. Prévoir quelque chose et finalement choisir l'imprévu. Refaire le monde dans une tête déboussolée de ne plus être aspirée par la lumière bleue de l'écran d'ordinateur. On recharge les batteries, on aime les circuits courts alors décide d'aller boire un verre de Châteauneuf-du-Pape à Châteauneuf-du-Pape, on s'émerveille de Clermont-Ferrand. On aime les grandes vadrouilles, et les petites aussi.
Le plein d'idées ensuite.
Ces descentes à 130 km/h sont des tremplins pour l'imagination. On se dit qu'on ne peut pas s'arrêter en si bon chemin, on a retrouvé le sourire, l'envie de dire oui, l'envie de dire non, c'est qu'il y a un supplément dopamine dans les machines à café des aires d'autoroute. Aucun bouchon, circulation fluide, ciel dégagé, cette fois tous les ingrédients sont réunis pour se dire pourquoi pas ci, pourquoi pas ça. Les limites ne s'appliquent plus qu'à la voiture. Tout est possible, il y a tellement de sorties, tellement d'itinéraires, la route a toujours été ma métaphore préférée, finalement plus à l'aise au volant qu'au clavier. Il n'y a plus que le chien et les pneus qui ont peur des chicanes, moi j'avance le soleil dans les yeux.
Le plein de réalité enfin.
Et puis il faut sortir pour faire la queue à la station Total, heureux de faire le plein à 1.99 euro le litre, oh la bonne affaire ! Le beau geste pour célébrer la stratégie spéculative qui a rapporté un milliard de dollars en un mois. La main sur le coeur, le coeur dans les hydrocarbures. Avant la couleur de l'essence me rappelait les gros calots pour lesquels on s'affrontait dans la cour de récré, son odeur me rappelait le bidon rouge que papa avait acheté pour remplir le réservoir du cyclo Magnum Racing XR à la maison. Maintenant c'est l'essence qui est rouge et elle pue la guerre. Alors soudain on se rappelle que plus rien n'a de sens et deux fois je me trompe de direction sur l'aire d'autoroute. J'avais la tête ailleurs, à nouveau attirée par une lumière bleue, cette fois elle disait L'énergie est notre avenir, économisons-là ! On était de retour au pays du foutage de gueule.