Tirez la chasse avec douceur.
Profitez de cet instant délesté.
Prenez le temps de remercier votre corps de fonctionner. Remontez délicatement votre pantalon. Si besoin, frottez sensiblement. "TIREZ LA CHASSE avec DOUCEUR". Souhaitez bon voyage aux excréments. Puis, reprenez doucement la marche de la vie. Le secret de la vie au village est inscrit en lettres capitales, juste au dessus de la cuvette en porcelaine. Ce n'est pas le calme, c'est en réalité la douceur. Ici, en effet, tout est doux. La rivière vive est onctueuse, les feuilles mortes sont moelleuses, l'air pur est tiède, les gens souriants sont tendres. On vit dans du coton.
Le corps n'a plus de repères.
C'est normalement aux coups qu'il réagit. Il se cogne à droite pour prendre à gauche, il est frappé pour avancer, il s'irrite pour décider. Simplement, il marche par la force des choses. Ici, il est transporté, il n'a aucune prise, ni à saisir ni à lâcher. Se laisser aller. Ça pourrait être justement ce qu'il y a de plus doux, mais d'une certaine manière c'est ce qu'il y a de plus dur. Je ne sais plus si mon masochisme est de subir la brutalité ou en réalité de profiter de cette douceur. Comme à mon habitude, je reste le cul entre deux chaises et ce n'est pas confortable. Je ne réagissais qu'aux électrochocs et voilà que je devrais finalement réagir aux électrocaresses. La douceur me semble insensée.
Thèse, antithèse.
J'ai l'habitude. Mais jamais de synthèse. Pas de solution, au mieux un compromis, mais c'est trop rare. Je comprends mieux mes mauvaises notes en philo. Malgré son évidence, la dialectique classique n'a pas les mêmes rouages que la mienne, sadique. Mais tentons une conclusion à la hauteur de cette renommée cascade qui s'en fout de ce que je pense, au nom casse-cou, qui gronde et se fracasse en continu dans le plus paisible des décors : la douceur, quand on la prononce, a tout de même une résonnance très agréable.