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Torture in-ouie.

Ce n'est qu'une fois l'été fini que l'on se rend compte de ce que l'on a subit.
Torture in-ouie.
Photo by WrongTog / Unsplash

Ce n'est qu'une fois l'été fini que l'on se rend compte de ce que l'on a subit.

À ce niveau de décibels on ne parle plus de nuisances sonores, la torture par le bruit est officiellement reconnue. Infligée à nos oreilles par le sur-tourisme. Chaque américain qui débarque sur le tarmac, chaque anglais qui roule à gauche par erreur, chaque saoudien qui se déplace en Bugatti, chaque allemand qui se bourre la gueule sur la chaussée, chaque hollandais sur son vélo à contre-sens, chaque livreur à scooteur pour nourrir tout ce beau monde, a pénétré sans consentement nos oreilles jusqu'à causer des troubles psychologiques. Un gang-bang inouï. Une violence quotidienne qui ne s'arrête qu'entre l'aube et l'aurore. On se passe la tête sous l'eau après une sale nuit, on tourne le coton-tige pour effacer les traces de la veille, et c'est reparti.

Florilège matinal.

Petit camion de la commune pour vider les poubelles du trottoir. Avion de ligne. Agent communal qui arrose les parterres. Agent communal qui passe le balai sur le trottoir. Jusque là, c'est presqu'une caresse. Avion de ligne. Benne à ordures, avec les gars qui gueulent d'un bout à l'autre de la rue. Avion de ligne. Balayeuse de voirie qui active ses brosses au maximum pour nettoyer les vomis dans les caniveaux. Avion de ligne. Puis le camion-citerne pour nettoyer les trottoirs avec une lance à haute-pression. C'est là que je rentre de la promenade du chien. Avion de ligne. Jet privé. Avion de ligne. Scooteur de gars qui va bosser. Camion de livraison. Avion de ligne. Scooteur de gars qui va bosser. Camion de livraison. Avion de ligne. Avion de ligne. Voiture qui se gare. Klaxon du gars derrière qui ne supporte pas les gens qui se garent. Avion de ligne. Camion de livraison. Klaxon du gars derrière. Avion de ligne. Première file de voiture qui arrive dans le centre, ça freine, ça accélère, ça klaxonne car les touristes ne connaissent pas la priorité à droite. Un piéton se fait presque rouler dessus au passage, "merci connard !". Avion de ligne. Ambulance. Bugatti. Lamborghini. Ferrari. Avion de ligne. Jet privé. Klaxon, klaxon, klaxon. Scooteur de livraison. Avion de ligne. Grosse cylindrée. Gars en haut parleur au téléphone debout sur le trottoir d'en face. Quinze minutes. Cinq avions de ligne pendant ce temps là. Grosse cylindrée. Notifications en rafale sur l'ordinateur de la voisine du dessus. Chiens qui se croisent et aboient devant l'immeuble, comme chaque matin. Avion de ligne. Scooteur de gars qui va bosser, qui klaxonne sur tout ce qui bouge car il est à la bourre. Jet privé. Gars qui se gare avec un embrayage foutu. Police à balles. Avion de ligne. Pompiers à balles. Gamin qui ne veut pas aller à l'école qui crie dans la cage d'escalier. Avion de ligne. Groupe d'allemands qui rentrent de soirée et qui chantent mal. Avion de ligne. Anglais qui ne voit pas le panneau sens-interdit. Trente coups de klaxon de dix voitures en face. Avion de ligne. Il est neuf heures.

288 vols en 11 heures.

Soit un atterrissage toutes les 2,2 minutes. C'est le record de cet été, juste au-dessus de nos têtes. C'est soit disant le "couloir de secours" de l'aéroport de Nice, emprunté qu'en cas "de mauvaises conditions météorologiques". Il a fait un temps magnifique tous l'été. Un nombre de vols qui devrait augmenter de 30% dans les trois prochaines années. Une catastrophe évitée de trois mètres dimanche dernier, quand un avion a atterri sur la mauvaise piste, frôlant un avion en plein décollage. Des contrôleurs aériens en sous-effectifs, une partie en arrêt après l'incident de la semaine dernière. Le monde est à bout mais on pousse, on pousse, toujours plus. On a beau klaxonner, rien n'y fait. Il ne nous reste qu'à mettre notre casque antibruit, saisir nos jumelles, et attendre paisiblement d'admirer la collision dans le ciel bleu azuréen qui mettra fin à cette barbarie. Peut-être qu'enfin ensuite, pour quelques temps, jusqu'à ce qu'on oublie, je pourrais prendre mon café sur le balcon.