Un autre monde.
J'ai écrit deux cent billets.
Avec cette impression assez dérangeante que le monde s'est transformé, sans avoir changé. L'invasion russe en Ukraine, qui a fait naître lostintheshuffle est une triste réalité, presqu'une banalité. Les attaques de drones sont désormais des statistiques quotidiennes quand cette guerre hybride n'existait pas lorsque j'ai commencé à écrire. Musk était alors l'ami, le héros qui fournissait ses services Starlink à l'Ukraine pour l'aider à identifier les positions russes. X n'était encore qu'un innocent petit oiseau bleu et Grok sonnait comme le nom d'un futur personnage Disney, celui d'un ogre auquel on aurait aimé faire des papouilles dans un monde lointain et enchanteur, où l'IA aurait été imaginée à travers un petit robot aux yeux tendres.
Souvent je me dis que ça n'a pas de sens.
Le but de cette écriture était de trouver un chemin, une issue, une réponse. Mais s'il y a une seule évidence dans ces tergiversations, car on ne peut pas parler de cheminement ou de parcours, c'est que mon sentiment de déboussolement, mon impression d'être perdu dans la masse, n'ont finalement jamais été aussi forts. Plus le monde perd la tête, plus je perds le Nord, aucune direction ne me semble être la bonne, aucun tunnel ne semble avoir de lumière au bout. Le seul réconfort est de réaliser qu'on s'adapte, ou plutôt qu'on accepte, cet autre monde dans lequel nous n'avons ni le temps de trouver une raison, encore moins un repère. Car voilà qu'il change encore le temps de fermer les yeux pour quelques heures. Que chaque matin on se demande ce que la journée va nous réserver, et ce qu'on va bien pouvoir y faire.
J'ai la chance de m'offrir des parenthèses.
Ces quelques semaines au milieu des pinèdes, ces balades aux couleurs d'automne, ce spectacle hier soir. Un bunker en noir et blanc dans lequel on est plongé pour quelques heures pour vivre une expérience immersive, subjugué par la représentation d'Afanador par le Ballet national d'Espagne. Trente-six danseurs parfaitement synchronisés aux rythmes percutants des quatres musiciens, en symbiose dans un autre monde, le leur, dans lequel ils nous invitent à ne voir que talent et beauté. Des artistes qui veulent nous dire que, quoiqu'il se passe au-delà des murs ce soir ou un autre soir, il est toujours possible de s'inventer un monde à soi, dans lequel rien n'est impossible, car tout n'est que conviction et abnégation. Il suffit parfois de se laisser porter par les rythmes du flamenco et se mettre à danser des claquettes.