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Nuit orange.

Trois verres de rosé, trois heures de sommeil. Il en a fallu des sacrifices pour voir trois quart-temps irrespirables.
Nuit orange.
Photo by Kylie Osullivan / Unsplash

Trois verres de rosé, trois heures de sommeil.

Il en a fallu des sacrifices pour voir trois quart-temps irrespirables, pour voir cette équipe inarrêtable s'arrêter à trois victoires. Pas de back-to-back pour Oklahoma City, tout le monde n'est pas Paris. Mais du coast-to-coast pour le seul joueur de basket qui serait capable de gagner une Ligue des Champions de football. J'ai depuis gamin l'amour du ballon rond, celui en cuir orange grainé, celui qu'il y avait sur tous les posters de deux mètres aux murs de ma chambre, punaisés en bas et scotchés en haut après avoir été soigneusement dépliés des magazines 5 Majeur. Cette nuit, à l'heure américaine, le basket a été au rendez-vous. Je subis ce matin le décalage horaire, mais ça valait le coup.

Ça n'aurait pas pu être moi.

Le maillot S m'arrivait aux chevilles, les bretelles ressemblaient sur moi à des manches, mon corps entier passait par le col. Je comprends mieux pourquoi mon père avait choisit le numéro 00 sur le maillot des Bulls floqué à mon nom pour Noël. Je n'étais certes pas trop mauvais au tir à mi-distance, mais c'est parce que j'avais peur de m'approcher davantage et qu'on me saute dessus. Aujourd'hui encore, avec une boulette de papier à jeter à la poubelle, une paire de chaussettes à mettre dans la valise, un caleçon à mettre dans le panier de linge sale, je garde la tête dans les étoiles. Je feinte une passe, je fais une rotation à 180 degrés, je step back, je tire. Puis je m'avance, je ramasse l'objet tombé juste à côté, et j'arrête de rêver. Je n'aurais jamais ma carte dans l'album Panini où les noms étaient inscrits sur une tâche brillante couleur essence.

Il faut le voir pour le croire.

Ça se passe dans son regard, dans sa respiration. On est en train de voir éclore le plus grand joueur de tous les temps, et ça se passe au-delà du jeu. Le modèle, c'est son état d'esprit, cette capacité à se convaincre qu'il n'y a aucune limite, que tu peux être un éléphant et te déplacer comme une souris. Il suffit d'y croire, de se dire qu'on est là pour prouver que tout n'est que perception et conception, que tout n'est que mission et qu'aucune n'est impossible. Il sauvera le monde quand il n'aura plus de doigt libre pour une nouvelle bague. On l'appelle l'Alien mais c'est le Messie. J'aimerais fermer les yeux, comme lui, me dire que je suis un winner, mais si je le fais ce matin, je m'endors de suite. Le courage attendra.